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sylvie95210

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MessageSujet: cannes.fr 2016   Sam 14 Mai 2016 - 17:39



Dans Victoria de Justine Triet, Virginie Efira incarne une avocate pénaliste en plein néant sentimental. Lorsqu'elle débarque à un mariage, elle y retrouve son ami Vincent (Melvil Poupaud) et Sam (Vincent Lacoste), un ex-dealer qu'elle a sorti d'affaire.

Le lendemain, Vincent est accusé de tentative de meurtre par sa compagne. Seul témoin de la scène: le chien de la victime. Victoria accepte à contrecœur de défendre Vincent tandis qu'elle embauche Sam comme jeune homme au pair. Le début d'une série de cataclysmes pour Victoria.

Dans Victoria, que les festivaliers peuvent découvrir à la Semaine de la critique, la sensibilité de la réalisatrice Justine Triet va de pair avec l'incroyable tonicité de Virginie Efira (à découvrir également dans un registre inédit dans Elle de Paul Verhoeven, en compétition) qui trouve un rôle à la hauteur de son talent.



Comment avez-vous découvert le cinéma de Justine Triet?
Virginie Efira: A dire vrai, j'ai souvent menti sur ma découverte de La bataille de Solférino, le premier film de Justine Triet. En fait, je ne l'avais pas vu avant de rencontrer sa réalisatrice. Je ne connaissais le film que de nom, j'avais lu les interviews de Justine, mais je n'ai vu son film qu'après notre rencontre. Et quand nous nous sommes rencontrées pour la première fois, Justine m'a parlé de La bataille de Solférino avec un regard presque critique, pointant du doigt les limites. Elle avait sur son film un recul nécessaire pour construire son second qui serait à la fois une continuité et une réaction.

Ce qui m'a séduit chez Justine Triet, c'est sa manière de penser comme de s'exprimer. Et ce personnage de Victoria me séduisait totalement, essayant d'être solide au moment où tout s'écroule autour d'elle. C'est comme s'il fallait que Victoria touche le fond pour avoir un éclair, une révélation.

C'est drôle car je voyais hier Justine dans le tumulte du Festival de Cannes, où les discussions sont plus frivoles que profondes. Je vois comment elle donne le change, pas du tout comme quelqu'un qui est rompu aux mondanités. Et en même temps, je perçois qu'elle ne voit pas le sens de toute cette entreprise mondaine.

Elle est comme ça, tout le temps. Elle imprime un sens juste aux choses. Elle a l'intelligence, la réflexion, des amis supers aussi... Son passé dans le documentaire, dans les Beaux-Arts, lui a donné un beau bagage. Elle a un niveau de réflexion que je trouve élevé ainsi qu'une grande spontanéité. Elle est à la fois cérébrale et physique. Tout ce que j'adore.

Vous êtes sensible au jeune cinéma français?
Virginie Efira: Je n'ai pas de plan de carrière. Ce qui me plait, c'est le contraste. Je ne me considère pas comme cinéphile; il y a tant de grands films que je n'ai pas encore vus. Mais j'aime profondément voir des films. Et en cela, j'adore défendre l'inventivité du jeune cinéma français. Je crois profondément au triomphe de la curiosité. Quand on est curieux, réellement, la déclic se produit. Je ne cherche pas du tout le positionnement.

Après 20 ans d'écart, je ne voulais pas me spécialiser dans la comédie romantique et je ne voulais pas non plus refaire ce que j'avais déjà fait à la télévision, en présentant La Nouvelle Star par exemple.
J'avais des bases de comédienne, j'avais étudié le théâtre en Belgique mais je n'avais pas vraiment confiance en moi, j'avais un peu peur. Présenter une émission à la télévision a été très salvateur, très rassurant pour moi. Dans les années 90, j'ai commencé en présentant un Hit Parade avec des musiques affreuses. Il y avait une obligation de dérision, je pouvais choisir mon humour et ça me rassurait beaucoup d'avoir ce choix à cet âge-là.
J'avais suffisamment expérimenté la notoriété télévisuelle et le système médiatique pour comprendre que tout cela n'était pas très épanouissant. J'avais vraiment envie de jouer dans un film, j'ai obtenu un premier rôle; ce qui n'était pas simple au départ, j'avais l'image de quelqu'un qui présentait une émission populaire sur M6. Je n'étais pas la branchée type.

Au moment où je présentais La Nouvelle Star, je passais mon temps à demander au spectateur d'envoyer ses SMS et je me surprenais à discréditer ce que je faisais. En réalité, il faut s'imposer pour présenter cette émission avec une telle assurance
. Puis il y a eu Mon pire cauchemar d'Anne Fontaine. Pour la première fois, j'avais un producteur cinéphile, Philippe Carcassonne, qui m'a dit des choses gentilles et m'a félicité
. Comme Pierre Lescure m'a encouragé en me proposant une pièce de théâtre. Au contact d'acteurs comme Isabelle Huppert, André Dussollier ou Benoît Poelvoorde, j'adorais les échanges. A cette époque, je conservais un rapport d'infériorité par rapport aux acteurs; limite si je ne m'excusais pas en me présentant à eux.

En rencontrant David Moreau, le réalisateur de 20 ans d'écart, j'ai découvert un autre monde encore, je suis séduite par la culture du réalisateur, sa cinéphilie. Il me donne des références fortes et pour lui, faire ce film se révélait un engagement très fort; alors j'ai adhéré. C'est cette conviction qui m'a donne envie de collaborer avec lui, de travailler sur ce projet avec lui
. Et par la suite, j'ai découvert tout un pan de cinéma d'auteur français que j'admire... Trois souvenirs de ma jeunesse, le dernier Arnaud Desplechin, m'a totalement transcendé. J'ai trouvé ça beau, vivant, romanesque et, vraiment, je n'étais la même en sortant de la salle. De même, je suis activement les carrières de Rebecca Zlotowski, Katell Quillévéré, Mia Hansen-Love...

Le romanesque est très important pour moi et ce que je remarque dans le jeune cinéma français, c'est qu'il y a la volonté de se débarrasser des chapelles, des étiquetages comme la capacité à mettre du romanesque dans les comédies. Les mouvements neufs me touchent beaucoup et parvenir à faire un film aussi stimulant que Victoria aujourd'hui, c'est une chance.

Propos recueillis par Romain Le Vern (en direct du Festival de Cannes)
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